En finir avec la « France moche » : le périurbain, nouveau laboratoire des transitions

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En finir avec la « France moche » : le périurbain, nouveau laboratoire des transitions
Crédit Photo : Cemrecan Yurtman
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Oubliez l'image d'Épinal des ronds-points et des zones commerciales bétonnées. Par la pluralité de ses paysages, le périurbain détient aujourd'hui les leviers de la transition écologique. Mobilités, sobriété foncière, énergies vertes : décryptage d'un changement de modèle où ces espaces hybrides deviennent la clé de vos futurs arbitrages.

Sur le terrain : le paradoxe du quotidien

Vous êtes sur la route et le paysage défile, hétéroclite, fragmenté. À droite, le ballet incessant des poids lourds autour d'une plateforme logistique. À gauche, des vaches paissant à quelques mètres d'un lotissement pavillonnaire des années 90. Plus loin, une ancienne station-service reconvertie jouxte une zone d'activité commerciale cernée de ronds-points.

Pendant des décennies, les aménageurs ont regardé ce panorama de haut.

Le verdict était sans appel : la « France moche ».

Un espace dortoir, sans identité, relégué aux marges des métropoles flamboyantes. Fin du cliché. Place aux réalités.

La revanche d'un "tiers-espace"

Ce territoire hybride est tout sauf une anomalie. Les données sont formelles : près d’un tiers des Français vivent, travaillent et consomment dans ces couronnes périphériques.

Dans sa dernière note pour le think tank Terra Nova, le chercheur Jean-Marc Offner pose un constat radical : le périurbain est devenu le cœur stratégique des transitions. Pourquoi ? Parce qu'il concentre l'intégralité des défis de votre mandat. L'invention des mobilités décarbonées, l'application de la sobriété foncière et le déploiement des infrastructures vertes ne se feront pas dans les centres-villes denses, mais bien sur ces espaces ouverts et discontinus. Loin d'être un problème, le périurbain est votre principal laboratoire à ciel ouvert.

L'urgence institutionnelle pour les Mairies

Si le potentiel foncier et écologique est colossal, la réalité institutionnelle est alarmante. Sur la carte administrative, le périurbain est une zone blanche.

« Pas de numéro de téléphone ! », résume Jean-Marc Offner. Tout le monde l'utilise, aucune institution ne le représente. Ce vide se traduit par un isolement opérationnel majeur :

L'effet loi NOTRe : La fin de la clause de compétence générale, notamment pour les Départements, a dramatiquement morcelé l'action publique.

L'action en silos : Opérateurs d'État et agences régionales interviennent sur leurs parcelles de compétences, sans vision transversale.

Le transfert de la pression : Le bloc communal encaisse seul les externalités négatives (congestion routière, pression immobilière, déprise des centres-bourgs) sans l'ingénierie d'une métropole.

Ce grand malentendu territorial doit cesser. Chaque strate doit reprendre sa place : à l'État de fournir l'ingénierie, à la Région d'orchestrer la planification, au Département d'adapter ses infrastructures, et aux Métropoles d'assumer leur dépendance à vos couronnes.

Leviers pour les exécutifs locaux

Comment sortir de la posture défensive ? Voici trois actions concrètes et immédiates pour reprendre la main.

  • Faire du ZAN un moteur de croissance décarbonée : Ne subissez plus la contrainte du Zéro Artificialisation Nette. Vos zones d'activités, vos parkings de supermarchés et vos toitures logistiques sont un gisement colossal. Imposer ou accompagner l'installation d'ombrières et de centrales solaires photovoltaïques sur ces surfaces déjà artificialisées permet de produire une énergie verte locale. C'est le chemin le plus court vers la souveraineté énergétique et la création de nouvelles recettes fiscales.
  • Détrôner le "tout-voiture" sur la voirie : L'infrastructure routière n'est pas intouchable. Imposez un rapport de force technique au Conseil départemental pour requalifier les axes de transit. Exigez l'intégration de mobilités alternatives : pistes cyclables utilitaires reliant les bassins d'emploi, voies réservées au covoiturage, et création de parkings-relais stratégiques aux entrées de bourg.
  • Mutualiser l'ingénierie à l'échelle du bassin de vie : Chassez en meute. La commune isolée ne peut plus financer l'ingénierie complexe qu'exige la requalification du périurbain. Appuyez-vous sur les CRTE pour mutualiser des chefs de projet (urbanistes, experts en fonds européens) via votre intercommunalité. C'est à cette échelle que se regagnent les marges de manœuvre.

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