Maire et président d'agglo : l'art de peser sans s'opposer
POUVOIR & INFLUENCE

C’est le paradoxe du mandat moderne : vous êtes élu sur votre nom pour votre commune, mais vous découvrirez vite que 60 % de votre capacité d’investissement se décide ailleurs. Au siège de l’Agglomération. Pour ne pas devenir le spectateur de son propre territoire, le maire doit abandonner la posture du "village gaulois" pour apprendre les codes de la diplomatie intercommunale.
Pour beaucoup de nouveaux magistrats, l’Intercommunalité (EPCI) apparaît encore comme une technostructure froide, un guichet lointain, voire une machine à confisquer le pouvoir communal.
C’est une erreur de lecture qui peut coûter cher à votre mandat. L’interco n’est pas un ennemi, c’est un levier de puissance démultiplié. À une condition impérative : refuser la posture du "maire de clocher". Celui qui arrive au Conseil Communautaire avec pour seule revendication "Et pour ma commune, qu'est-ce qu'il y a ?" se marginalise d'entrée de jeu. Il sera traité comme un solliciteur, et non comme un partenaire.
Pour peser face à un Président d'Agglo puissant et une administration communautaire tentaculaire, il faut parler le langage du "Projet de Territoire". Votre commune n'est pas une île ; elle est un maillon d'une chaîne économique et résidentielle.
Comment exister quand on est le maire d'une petite commune face à la ville-centre ?
La tentation est souvent de briguer une Vice-Présidence (VP) honorifique aux "Affaires Générales" ou au "Protocole". Fausse bonne idée. Ces postes flattent l'ego mais ne donnent aucun pouvoir réel. Le maire stratège vise les délégations opérationnelles et techniques : la Gestion des Milieux Aquatiques (GEMAPI), les Déchets, les Mobilités ou l'Urbanisme (PLUi).
Pourquoi ? Parce que ce sont des sujets complexes que peu d'élus veulent traiter. En vous plongeant dans les dossiers, en devenant en quelques mois le référent technique incontournable, vous inversez le rapport de force. Le Président de l'Agglo aura besoin de vous pour défendre le bilan technique.
On ne vous donne pas le pouvoir par courtoisie, vous le prenez par la compétence. C'est ainsi que l'on obtient des arbitrages favorables.
Enfin, ne vous trompez pas de champ de bataille.
Les joutes oratoires en séance publique du Conseil Communautaire sont souvent du théâtre pour la presse locale. Le vrai combat se joue à huis clos, lors de la négociation du "Pacte Financier et Fiscal" et de la CLECT (Commission Locale d'Évaluation des Charges Transférées).
C'est ici que se décide le montant de votre "Attribution de Compensation" (AC), ce chèque que l'Agglo verse chaque année à votre commune. Si vous avez accueilli une zone d'activité ou de nouveaux logements qui profitent à tout le bassin de vie, vous devez exiger un retour sur investissement.
N'y allez jamais pour quémander une subvention exceptionnelle, mais pour négocier une révision structurelle de vos dotations. C'est du "Business" public : votre commune crée de la richesse, elle doit en récupérer une part pour financer ses services.
LE CONSEIL M&i : LA MUTUALISATION
Ne voyez pas la mutualisation des services (Police, Urbanisme, Informatique) comme une perte d'indépendance, mais comme une économie d'échelle. Avoir son propre instructeur de permis de construire à mi-temps est un luxe inutile. Utiliser le service instructeur de l'Agglo est moins cher et plus sûr juridiquement.
Gardez votre argent pour ce qui se voit (la propreté, les écoles) et mutualisez ce qui ne se voit pas (le back-office).
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